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Sommet Union africaine-Union européenne: discours du Président Alpha Condé

POLITIQUE  >  

J’éprouve toujours un immense plaisir à me retrouver dans cette belle ville d’Abidjan, capitale d’un pays frère et voisin dont la généreuse hospitalité toute africaine mérite notre profonde gratitude.


Je suis d’autant heureux que je me retrouve avec mon frère et ami le Président Alassane Dramane OUATTARA sous la conduite duquel, la Côte d’Ivoire s’affirme sur le chemin du développement et de l’intégration africaine.


En ma qualité de Président en exercice de l’Union africaine, je voudrais dire toute mon appréciation des dispositions idoines prises par les autorités ivoiriennes pour créer le cadre idéal nous permettant de faire face au devoir qui nous interpelle ; celui d’assurer le renouveau du partenariat Union européenne-Union africaine.


Mesdames et Messieurs,


Lors de notre 4ème Sommet qui s’est tenu à Bruxelles, en avril 2014, nous avons pris des engagements dans le cadre d’une déclaration politique assortie d’une feuille de route pour la période 2014-2017.


En dépit des progrès indéniables réalisés dans notre coopération, l’atteinte de nos objectifs est compromise par des défis sécuritaires et humanitaires, la persistance des conflits et la recrudescence des activités terroristes, sans occulter bien évidemment les changements climatiques et la question cruciale du financement du développement.


Ensemble, l’Union européenne et l’Union africaine se sont investies pour apporter des réponses appropriées à ces préoccupations majeures dans le cadre du G5 Sahel, du Sommet de La Valette sur la migration, des Cop 21, 22 et 23, de la Conférence de New-York sur les ODD et de celle d’Addis-Abeba sur le financement du développement.


Voilà pourquoi, nous abordons avec un optimisme fondé ce 5ème Sommet Union Africaine-Union Européenne qui a pour thème « investir dans la jeunesse pour une croissance inclusive accélérée et un développement durable ».


Ce thème est d’autant d’actualité que l’Union africaine considère le dividende démographique comme le facteur essentiel du développement.


En 2014 à Bruxelles, l’atmosphère était clairement à l’optimisme.


Ces deux dernières années ont, hélas, beaucoup changé les perspectives concernant l’Afrique. On ne pouvait pas, en effet, imaginer à Bruxelles que les prix des matières premières et la demande internationale concernant ces ressources allaient diminuer de manière significative. On ne pouvait pas imaginer aussi que le recentrage du modèle de développement chinois allait secouer l’ensemble des indicateurs économiques globaux. On pouvait tout au plus prévoir que le système financier provoquerait des taux d’intérêt négatifs, ou encore la volatilité des taux de change et une diminution de la consommation globale. On n’avait pas à l’esprit que l’irruption du populisme pouvait déboucher sur de violentes réactions à l’égard des migrants. On n’imaginait pas que l’accélération des changements technologiques irait de pair avec une accélération accentuée des inégalités.


Mesdames et Messieurs,


L’Afrique a connu en 2015 et 2016, tout comme d’autres régions du monde, les pires années depuis le début du siècle. Qu’il s’agisse du recul des progrès dans les domaines sociopolitiques, de l’apparition du terrorisme dans le Sahel et les zones arides. A cette violence est venue s’ajouter la détérioration des indicateurs macroéconomiques, au cours des deux dernières années. Le contexte mondial ne nous a pas aidés non plus.


La Conférence d’Adis-Abeba sur le financement du développement ou la Cop21, notre continent s’est présenté plus préparé que jamais.


Au niveau continental, nous avons bien avancé sur des dossiers majeurs, comme la mise sur pied de notre Fonds de Paix, l’établissement d’une zone de libre échange ou la réforme de notre organisation continentale.


Ce que je veux dire, c’est que nous avons progressé dans les domaines où il était possible d’avancer. Les difficultés ne nous ont pas épargné mais aujourd’hui on peut se féliciter de ne pas avoir baissé les bras.


Comme vous le savez, l’Afrique comptera en 2050, près de 2,4 milliards d’habitants majoritairement composés de jeunes.


Des stratégies et mécanismes destinés à promouvoir l’épanouissement des jeunes, l’autonomisation des femmes, et la protection des jeunes filles sont plus que jamais nécessaires en vue de faire de cette explosion démographique, une opportunité économique assurant une croissance soutenue et durable.


Il va sans dire que la prospérité que nous ambitionnons passera nécessairement, d’abord par le développement du secteur rural, principale source de revenus et gage de la sécurité alimentaire de nos populations. Il nous appartient de mobiliser les financements nécessaires pour l’aménagement des terres et la maitrise de la gestion de l’eau.


La prospérité de l’Afrique passera aussi par le développement des infrastructures, notamment énergétiques, base de l’industrialisation du continent, source de valeur ajoutée et de création de milliers d’emplois pour les jeunes.


Je voudrais ici saluer la coopération entre l’Union européenne et l’Union africaine pour la mise en œuvre de l’Initiative Africaine pour les Energies Renouvelables (AREI), conçue par les africains, pour les africains.


Enfin, l’on ne saurait parler de véritable prospérité si on ne donnait à nos jeunes les compétences adéquates pour accéder au marché du travail. C’est pourquoi, je tiens à mettre un accent particulier sur le soutien à la santé, à l’éducation et à la formation professionnelle.



Je souhaiterais également souligner l’importance de promouvoir le secteur privé en Afrique en raison de sa capacité d’absorber le plus grand nombre de demande d’emplois en particulier chez les jeunes. Il me semble par conséquent indispensable de promouvoir des investissements privés en Afrique tout en créant les conditions favorables pour l’investisseur et surtout d’approfondir le processus d’intégration économique de notre continent.



Mesdames et Messieurs,


Comme je l’ai toujours dit l’Afrique a décidé de parler d’une même voix et de prendre en main son destin. Notre intégration politique, économique et financière ne peut que renforcer notre crédibilité. Le partenariat Union européenne-Union africaine se fonde sur un nouveau paradigme « gagnant – gagnant » dans la perspective de la mise en œuvre de l’Agenda 2030 des ODD qui rime avec la Vision 2063 de l’Afrique .


Les progrès indéniables enregistrés par l’Afrique dans le cadre de la bonne gouvernance et de la croissance, montre à suffisance, la capacité de notre continent à entretenir des partenariats équitables et viables.


En ce qui concerne la bonne gestion notre Région a encore battu tous les records de progrès de l’indice de climat de la Banque Mondiale. Notre dette a certes augmenté mais elle est toujours en dessous de 50% par rapport au PIB, c’est-à-dire un des taux les plus bas du monde. Par ailleurs notre inflation en général est maîtrisée.


Nos investissements en infrastructures sont ambitieux. On ne compte plus les grandes inaugurations de grands travaux. La forte croissance de la demande d’électricité en Afrique durant les prochaines décennies, consécutive à la progression de sa population, demande davantage d’investissements dans ce secteur stratégique. D’où la priorité qu’il convient d’accorder à ce secteur.


J’ai la ferme conviction qu’ensemble nous pourrons juguler la pauvreté en luttant contre ses causes profondes. L’interdépendance entre l’Europe et l’Afrique nous commande à œuvrer pour la mise en place d’un espace de coopération solidaire capable de sceller davantage les relations qui ont uni nos peuples tout au long de l’histoire. La paix, la sécurité et le développement durable demeurent le fondement de notre partenariat.


Nous serons ensemble pour relever les défis sécuritaire et humanitaire notamment dans le Sahel. Nous conjuguerons nos efforts dans la lutte implacable contre le terrorisme, le trafic de drogue et la traite des êtres humains. Donnons-nous la main pour apporter des solutions plus humaines à cette crise migratoire qui vicie les relations entre le Nord et le Sud.


Nous condamnons énergiquement les actes abominables commis dans certains pays de la route migratoire de l’Afrique vers l’Europe notamment en Libye. Ces faits sont intolérables et inacceptables. La communauté internationale doit prendre des mesures fermes pour mettre fin à ces crimes d’un autre âge.


Mesdames et Messieurs,


Au moment où nous nous engageons vers la mise en place d’un nouveau partenariat, je voudrais déjà me féliciter de l’appui constant de l’Union européenne qui demeure l’un des partenaires privilégiés de notre continent. Je tiens à mettre en exergue le Fonds fiduciaire d’urgence pour la lutte contre les causes profondes de la migration irrégulière comprenant un volet pour le financement de l’emploi des jeunes en Afrique ; le « plan d’investissement extérieur » mis en place pour financer le développement durable en Afrique ainsi que les opportunités offertes par l’UE pour faire face aux méfaits des changements climatiques sur le continent.



Mesdames et Messieurs,


Je reste confiant en l’avenir radieux de la coopération Union-européenne - Union africaine car les priorités du nouveau partenariat ont été choisies par l’Afrique et traduisent les attentes de ses populations notamment en matière de paix et de sécurité, de développement économique et social ainsi que de la bonne gouvernance. L’atteinte de ces objectifs profitera avant tout bien naturellement à la jeunesse qui trouvera, en Afrique, la clé de son bien-être et de son épanouissement, dans des Etats désormais plus résilient.


Vive la Coopération entre l’Union Africaine et l’Union européenne.

Vive la Coopération Internationale



Je vous remercie.

Publié le 30/11/2017


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